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L'importance d'un "LAB" dans une agence?

DigitasLBi

Julien Terraz

L'importance d'un "LAB" dans une agence?

PEUX-TU NOUS EXPLIQUER CE QU’EST UN LAB DANS UNE AGENCE ?

Je peux expliquer ce que représente notre Lab mais je ne sais pas trop ce que sont les autres « Labs » d’agence car ils ont tous un positionnement différent. Il y a ceux plus orientés sur les start-up et l’incubation, ceux qui sont plus concentrés sur l’expérience utilisateur et le planning stratégique, ceux qui font de la R&D ou encore ceux qui sont purement sur de la production. Nous sommes à la frontière de tout ça. Notre mission est d’apporter une dimension technologique dans le processus créatif. Plus concrètement, au sein du pôle créatif de l’agence, nous faisons de la veille, du sourcing, de la R&D, du prototypage et de la production de projets innovants.

CHEZ DIGITASLBI LAB, VOUS ÊTES COMBIEN, QUELS SONT VOS MÉTIERS À LA BASE ?

En ce moment nous sommes quatre, moi-même, Stéphane qui est « Créatif technologique », Maximilien qui est « Développeur Créatif », et nous avons un producteur. Pour ma part, je viens du « Dev Front », où j’ai occupé successivement les rôles de développeur Flash et responsable de pôle Flash, et j’ai ensuite créé le Labs. Stéphane a fait de la gestion de projet en agence Digital, mais surtout à titre perso est un codeur, hacker et artiste. Maximilien est aux Gobelins, c’est un « touche-à-tout » capable de se mettre dans n’importe quelle techno, langage et framework, avec un goût pour le design et l’interaction. Notre producteur a un background de gestion de projet, mais avec une excellente compréhension des problématiques liées à la production de projets complexes.

L’AGENCE DIGITASLBI A DES BUREAUX UN PEU PARTOUT DANS LE MONDE, EST-CE QUE CHAQUE BUREAU A SON PROPRE LAB ?

Oui nous avons plusieurs Labs, c’est pour cela que notre nom est LABS, il y a un Labs dans chaque bureau aux USA. Je dirige celui de Paris qui est le plus gros de tous, il est la tête de pont pour l’Europe. Nous avons aussi un Labs à Amsterdam, un en Norvège et je travaille sur d’autres ouvertures en Europe.

TRÈS PEU D’AGENCES EN FRANCE INTÈGRENT CE TYPE DE LAB CRÉATIF, SAIS-TU POURQUOI ?

J’avoue que je ne comprends pas trop pourquoi, j’ai fondé toute ma carrière sur la conviction que les technologies avaient une énorme valeur ajoutée pour la créativité et la crédibilité d’une agence. Je ne citerai pas de noms mais il y a au moins une autre agence qui a un très bon Lab créatif. Pour les autres, je suppose qu’elles n’en voient pas trop l’intérêt et qu’elles ont une autre approche qui correspond à leur ADN.

SOUVENT, VOUS MÊLEZ LA CRÉATION DE VRAIS OBJETS ÉLECTRONIQUES INTÉGRANT DU NUMÉRIQUE. QUEL TYPE D’ÉTUDES DOIS-JE FAIRE POUR CRÉER CES PROJETS TANGIBLES INNOVANTS ?

En ce moment, nous travaillons sur des objets connectés à la réalité virtuelle, l’électronique, l’impression 3D…  Mais dans l’avenir, nous travaillerons certainement sur des choses complètement différentes et je ne saurais pas dire aujourd’hui quelles compétences vont demander les projets innovants de demain. En fait, notre métier est de faire des choses que l’on ne sait pas faire, toute la force d’une personne travaillant dans un Labs, c’est la capacité à s’approprier une nouvelle technologie et à la décrypter pour en tirer le meilleur. En termes de formation de base, il faut des connaissances générales en informatique, en électronique, en 3D, en développement Web ou d’app, en animation, en interactivité, et surtout une bonne culture générale digitale.

POURQUOI PRENEZ-VOUS LE TEMPS DE RECRÉER CERTAINES TECHNOS AU LIEU D’UTILISER LES PRODUITS EXISTANTS ?

Généralement, nous essayons au maximum d’utiliser des éléments existants, c’est plus simple, plus rapide et moins cher pour nos clients, mais souvent nous devons effectivement adapter ou modifier des éléments pour qu’ils répondent correctement au brief d’un projet. C’est très souvent le cas lorsque nous mixons plusieurs technologies pour un même concept.

POUR TOI, LES EXPÉRIENCES IMMERSIVES SONT-ELLES LA CLEF D’UNE BONNE CAMPAGNE ?

Non, pas forcement, cela dépend un peu du contexte. Le problème des expériences immersives c’est le « reach » (combien de personnes seront touchées). Dans le cadre d’une installation interactive, d’une expérience Oculus par exemple, il va finalement y avoir très peu de personnes qui vont vraiment vivre l’expérience… Le bénéfice est donc souvent trop faible pour la marque. C’est pour cette raison que nous filmons les expériences afin qu’elles soient vues en ligne et alimentent les réseaux sociaux des marques pour qui nous travaillons. Il y a un effet pervers à cette pratique, pour que la vidéo soit vue et partagée, il faut qu’elle soit un peu exceptionnelle ou alors très innovante. Créer ce genre d’expérience est cher et complexe, c’est pourquoi on observe de plus en plus de vidéos « fake ». En vérité, beaucoup d’expériences ne sont pas vraiment développées, les gens sont des acteurs et le tout est abondamment retouché en « post-prod ».

VOUS MIXEZ EN PERMANENCE DES PROJETS TANGIBLES MÊLANT RÉALITÉ VIRTUELLE, RÉALITÉ AUGMENTÉE… POUR TOI, EST-CE L’AVENIR DU DESIGNER ?

Nous sommes dans une ère ou le digital devient tangible, donc beaucoup d’innovations ont une dimension tangible. Au final, les tendances n’ont que peu d’intérêt pour un designer s’il n’en connaît pas les bons usages. Les Designers doivent s’inspirer des modes afin de les imbriquer correctement dans leurs projets.

PENSES-TU QUE NOUS ALLONS VIVRE UNE RÉVOLUTION DANS CE SENS ET QUE DEMAIN, NOUS VIVRONS TOUS DANS UNE RÉALITÉ AUGMENTÉE ?

Moi je pense que nous vivons déjà un peu dans l’air de la réalité augmentée depuis l’émergence des smartphones, quand je me géolocalise sur Google Maps, quand je vois mon taxi Uber s’approcher sur une carte, quand ton GPS t’affiche la petite flèche pour tourner. Mais au sens où tu l’entends, des gens qui marchent dans la rue avec un casque HoloLens, des Google Glass ou encore un autre device beaucoup plus puissant… Oui je pense que ça arrivera, car il y a de vrais usages derrière ! Le moment arrivera où la technologie et les usages seront tellement évidents qu’un basculement aura lieu. Ça s’est passé pour la télé, les PC, les smartphones, et pour bien d’autres technologies avant : l’électricité, le fer, le feu… Cependant, ça me fait vraiment peur, car déjà aujourd’hui, quand je vois les gens marcher dans la rue le nez rivé à leur smartphone et qu’ils se rentrent dedans, on voit bien la problématique d’ordre « sociétal »… On dit souvent que les gens ne se parlent plus en vrai et qu’ils préfèrent « chatter » sur leur smartphone… Ces futures technologies augmentées vont forcément être adoptées en premier par les jeunes, ce qui modifiera profondément nos sociétés.

VOUS TRAVAILLEZ BEAUCOUP AVEC DES IMPRIMANTES 3D, EST-CE LA CLEF POUR POUVOIR PROPOSER CE TYPE DE PROJET À MOINDRE COÛT ?

Il est clair que l’impression 3D est une vraie révolution pour le prototypage et permet une souplesse et une rapidité totalement folle, et nécessairement cela réduit les coûts de façon drastique. Mais là où l’impression 3D devient vraiment dingue, c’est quand elle te permet de créer des choses qui n’étaient pas vraiment possibles avant, par exemple créer un objet personnalisé de façon industrielle.

EST-CE QUE DES DESIGNERS PLUTÔT ORIENTÉS WEBDESIGN, GRAPHISME… PEUVENT RÉALISER DES CRÉATIONS COMME LES VÔTRES ?

Oui absolument, nous ne travaillons jamais seuls sur nos projets et souvent nous travaillons avec des gens issus du webdesign, du graphisme et de plein d’autres métiers : artiste, UX, motion, planeurs, développeurs, mécaniciens, plasturgistes… Au final, l’important c’est la capacité à intégrer les technologies dans le processus créatif. Le plus efficace pour nous est de travailler à l’étape conceptuelle du projet afin d’y intégrer de l’innovation ou au moins de la modernité. Ensuite, nous allons passer par plusieurs étapes de prototypage par itérations successives et là, nous travaillons avec des concepteurs et designers pour affiner l’expérience et faire les bons arbitrages.

VU QUE DIGITASLBI LAB EST TOUJOURS EN AVANCE, VOUS INTÉRESSEZ-VOUS À L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ?

Nous suivons ça bien sûr, il se passe beaucoup de choses en ce moment et nous commençons à en percevoir des usages possibles dans le cadre de futures campagnes.

QUEL SUJET VOUS PASSIONNE EN CE MOMENT ? AVEZ-VOUS UN NOUVEAU PROJET QUI ARRIVE ET QUI DEVRAIT UNE NOUVELLE FOIS ÉTONNER TOUT LE MONDE ?

Aujourd’hui on est sur une feuille de papier blanc, c’est toujours comme ça après une immersion dans un sujet, on lève la tête, on regarde ce qu’il se passe, on a besoin de se nourrir. En plus, rien qu’en disant cela tu me mets la pression. Il faut du temps pour se créer de nouveaux « rêves », de nouvelles envies et passions, notre matière première c’est la veille, nous passons beaucoup de temps à regarder ce qui se fait dans différents secteurs comme la robotique, les wearables, les technos web, l’électronique, l’impression 3D, l’IA… Pour ma part, je regarde aussi beaucoup de science-fiction, c’est une source importante pour moi. Je pense même que c’est la SF qui m’a poussé vers ce métier et un film comme Minority Report à énormément influencé les créateurs et les développeurs.

AUJOURD’HUI DE GRANDES MARQUES VOUS FONT CONFIANCE POUR TESTER VOS CRÉATIONS, EST-CE VOUS QUI PROPOSEZ DES TECHNOS À VOTRE AGENCE ET QUI ESSAYEZ ENSUITE DE LES VENDRE ? OU EST-CE QUE VOUS RECEVEZ DES BRIEFS POUR ENSUITE ESSAYER DE TROUVER LA TECHNO LA PLUS ADAPTÉE ?

Il y a globalement des marques qui nous briefent sur des problématiques et des briefs qui proviennent de l’agence, ça dépend des clients et des projets. Dans tous les cas, ce qui compte, c’est la qualité du brief en lui-même, nous ne sommes pas des « trouveurs » de solution techniques, nous devons travailler en amont sur le concept pour faire atterrir des idées de manière innovante.

FINALEMENT, TU ES UNE SORTE DE « GÉO TROUVETOUT ». EST-CE QU’ON PEUT DIRE QUE TU AS LE JOB DONT TU RÊVAIS ?

« Géo trouvetout »,  je ne sais pas. Le job dont je rêvais, oui à 100 %. MAIS surtout le job que je me suis inventé, il n’est pas tombé tout seul, au départ je ne savais même pas ce qu’il serait. Ça paraît simple et évident aujourd’hui mais c’était loin d’être le cas au début, et puis j’ai surtout eu la chance d’être au bon endroit au bon moment avec ce qui me semble être la bonne vision.

PAR RAPPORT À TON EXPÉRIENCE, QUELS CONSEILS DONNERAIS-TU À DE JEUNES DESIGNERS À QUI ON APPREND PRINCIPALEMENT À UTILISER PHOTOSHOP ET ILLUSTRATOR ?

J’ai l’impression qu’ils ne pourront pas juste se limiter à l’utilisation de Photoshop et Illustrator dans leur carrière, ils doivent connaître et comprendre les technologies et les usages modernes qui en découlent. Pour ça, rien de plus simple, ils doivent apprendre par eux-mêmes des choses en dehors de leurs formations. Depuis toujours, j’ai appris par moi-même dans ma vie personnelle, ce qui m’a ensuite aidé dans ma vie professionnelle et inversement. INTERNET, QUOI ! Le savoir est là, disponible 24 heures sur 24, l’accès est gratuit, simplement expliqué, interactif, des gens pour vous aider, vous motiver, vous inspirer, vous corriger. Il suffit de s’y mettre pour nourrir ses connaissances et sa créativité.